Marie-Amélie Le Fur : avancer sans effacer ce qui a changé

Portrait de Marie-Amélie Le Fur, championne paralympique française

Certains événements divisent une vie en deux : l’avant et l’après.

En 2004, Marie-Amélie Le Fur a 15 ans lorsqu’un accident de scooter conduit à l’amputation de sa jambe gauche. Elle pratique alors l’athlétisme depuis l’âge de six ans et rêve également de devenir sapeur-pompier.

Son corps change brutalement. Ses projets aussi.

Mais la suite de son histoire ne raconte pas un retour à celle qu’elle était avant. Elle raconte la construction d’une nouvelle manière d’avancer.

Retrouver le mouvement

Quatre mois après son accident, Marie-Amélie Le Fur recommence à courir.

Reprendre l’athlétisme ne signifie pas effacer ce qui s’est passé, ni faire comme si rien n’avait changé. Elle doit découvrir de nouveaux appuis, apprivoiser une prothèse et reconstruire sa relation au mouvement.

Elle ne cherche pas à retrouver exactement son ancien corps. Elle apprend à faire confiance à celui qui est désormais le sien.

Cette reprise marque le début d’un parcours exceptionnel en sprint et en saut en longueur. Au fil de quatre Jeux paralympiques, elle remporte neuf médailles, dont trois titres.

Pourtant, son parcours ne se résume pas à un palmarès.

Rendre visible une autre représentation du corps

Sur une piste d’athlétisme, Marie-Amélie Le Fur ne dissimule pas sa différence. Sa prothèse est visible, intégrée à son mouvement et à sa performance.

Son corps n’est ni présenté comme incomplet, ni ramené à ce qu’il a perdu. Il est celui d’une sportive de haut niveau : puissant, précis, entraîné et singulier.

Cette visibilité compte.

Parce que les corps qui s’éloignent des normes sont encore trop souvent cachés, corrigés ou racontés uniquement à travers ce qui leur manquerait. Les voir occuper pleinement l’espace permet de déplacer le regard.

La différence cesse alors d’être une absence. Elle devient une autre façon d’être présente.

Passer de la performance à la représentation

En 2018, Marie-Amélie Le Fur devient présidente du Comité paralympique et sportif français. Fin 2024, elle est également nommée à la présidence de l’Agence nationale du sport.

Après avoir pris sa place sur les pistes, elle agit pour que d’autres puissent trouver la leur.

Son engagement dépasse la recherche de médailles. Il participe à une évolution plus large : améliorer l’accès au sport, renforcer la représentation des personnes en situation de handicap et faire évoluer le regard porté sur les corps différents.

Elle ne porte plus seulement sa propre histoire. Elle contribue à rendre d’autres parcours possibles.

Ne pas revenir en arrière pour continuer

L’histoire de Marie-Amélie Le Fur ne nous invite pas à admirer une femme qui aurait réussi « malgré » son corps.

Elle nous invite à regarder autrement.

À comprendre qu’avancer ne signifie pas nécessairement redevenir celle que l’on était. Que se reconstruire ne demande pas d’effacer les traces du changement. Et que l’on peut apprendre à se reconnaître dans une version de soi que l’on n’avait jamais imaginée.

Certaines différences se voient. D’autres restent invisibles.

Mais aucune ne devrait obliger une femme à se cacher, à se diminuer ou à attendre de correspondre à une norme pour prendre sa place.

Marie-Amélie Le Fur nous rappelle que notre histoire peut modifier notre corps, nos projets ou notre trajectoire sans retirer ce qui fait notre valeur.

Never Hide. Ne cache jamais ce qui raconte aussi ta force.

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Photo : H4stings — Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0